Réseau routier au Québec : quel rôle pour les marchés publics?

Réseau routier

Chaque printemps, l’état du réseau routier québécois refait surface en même temps que les nids-de-poule. Le constat est préoccupant. Près de la moitié des routes du Québec seraient en mauvais ou très mauvais état, tandis que le déficit de maintien d’actifs atteint plusieurs dizaines de milliards de dollars[1]. Mais l’état des routes au Québec ne relève pas uniquement de considérations techniques ou budgétaires : il s’agit aussi d’un enjeu de gouvernance contractuelle. Les solutions sont connues et documentées, mais leur mise en œuvre dépend directement de la capacité des acteurs publics à adapter leurs pratiques. Autrement dit, les marchés publics ne sont pas neutres : ils façonnent concrètement la durabilité, le coût et la performance de nos infrastructures.

Cette situation ne s’explique pas seulement par des contraintes techniques ou climatiques, mais également par certaines pratiques bien ancrées. En effet, la priorité est encore trop souvent accordée aux travaux majeurs et aux interventions d’urgence, au détriment de l’entretien préventif. Il en résulte un modèle d’intervention tardif, nettement plus coûteux[2] et moins efficient, alors même que les études démontrent qu’un entretien préventif adéquat permet de réduire significativement les coûts d’intervention[3].

Le recours fréquent au plus bas soumissionnaire conforme contribue à cette dynamique. Malgré qu’il offre un cadre objectif, ce mode d’adjudication favorise généralement des solutions qui freine l’innovation et tient peu compte du coût global sur le cycle de vie.

Paradoxalement, les solutions existent déjà. Le Québec dispose d’innovations éprouvées, qu’il s’agisse d’enrobés plus performants, de matériaux à plus faible empreinte carbone ou encore du recyclage des chaussées. Les granulats bitumineux récupérés (GBR), en particulier, offrent des gains importants : réduction de l’utilisation de matières premières, diminution des émissions de gaz à effet de serre et maintien de performances techniques satisfaisantes, même à des taux d’incorporation élevés[4]. Malgré cela, leur déploiement demeure limité. Pourquoi ? notamment : des devis qui encadrent de manière détaillée les méthodes, matériaux et procédés à utiliser, laissant peu de place à l’initiative et à l’innovation.

Dans ce contexte, les devis basés sur la performance apparaissent comme une avenue beaucoup plus prometteuse. Plutôt que d’imposer les moyens, ils définissent les résultats attendus (en termes de durabilité, de résistance ou de performance) et ce, tout en laissant aux entrepreneurs la liberté de proposer les solutions les plus adaptées. Cette approche favorise l’intégration de technologies innovantes et de matériaux recyclés, et contribue à moderniser les pratiques contractuelles.

Les marchés publics constituent ainsi un levier central de la transition vers des infrastructures plus durables. Les donneurs d’ouvrage peuvent, par exemple, intégrer des critères environnementaux dans l’évaluation des soumissions, prévoir des exigences minimales en matière de matériaux recyclés ou privilégier des modèles d’analyse qualité-prix. De telles approches permettent d’aller au-delà du seul critère du prix et d’encourager des solutions plus performantes et responsables.

Bref, une évolution des pratiques s’impose donc. Pour améliorer durablement l’état du réseau routier, les municipalités doivent notamment renforcer l’entretien préventif et la planification à long terme, repenser leurs modes d’adjudication en intégrant la notion de coût global, privilégier les devis de performance, intégrer des objectifs d’écoresponsabilité et favoriser l’innovation.

 

 

[1] ACRGTQ, REGR – Rapport sur l’état des routes et le déficit de maintien d’actifs, juin 2026.

[2] Radio-Canada, Nids-de-poule et entretien des routes : causes et solutions, 2026.

[3] ACRGTQ, REGR – Rapport sur l’état des routes et le déficit de maintien d’actifs, juin 2026.

[4] Lab Construction, Vers la généralisation de l’incorporation des granulats bitumineux récupérés (GBR) au Québec, 2026.